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Pensez-vous souffrir de traumatisme(s) physiques ou psychiques ? Y a t’il dans votre vie (familiale, professionnelle, sentimentale…) une ou plusieurs profonde(s) insatisfaction(s) ou situation(s) de blocage récurrente(s) face à laquelle vous vous sentez étonnamment impuissant(e) malgré votre motivation pour en sortir ?

En fait nous sommes tous victimes de traumatismes physiques ou psychiques et ce depuis notre plus tendre enfance. Mais nous n’en parlons pas, nous n’y pensons pas et nous ne réagissons plus à leurs présences en nous parce qu’ils sont devenus menaçants, douloureux, contagieux et parfois source de honte ou de pudeur. Alors nous les laissons de côté, dans un coin de notre corps, de notre mémoire et nous tentons de les oublier. C’est vraiment regrettable, car vivre avec des blessures encore ouverte c’est se condamner à errer et à souffrir beaucoup plus longtemps que nécessaire.

A l’origine de ces blessures il y a toujours une expérience de nature déplaisante, choquante, sidérante et finalement…traumatisante. Le pic d’adrénaline suscité était trop dangereux et notre corps a préféré se figer, faire le mort, plutôt que fuir ou se confronter, crier ou pleurer et s’infliger des dommages immédiats. L’effroi est un mécanisme de survie qui bloque toute réaction émotionnelle à un événement paroxystique. Or ce sont précisément nos émotions qui permettent de marquer le moment, le lieu et la cause de tous les souvenirs de notre vie. Privé d’émotivité nos expériences de vie  ne peuvent donc plus être archivées dans notre mémoire personnelle ( ou autobiographique) et s’accumulent ailleurs, dans notre mémoire traumatique.

L’emplacement de cette mémoire est connue. Elle est localisée dans une structure limbique du cerveau frontal latéral appelée « amygdale ». L’amygdale est un lieu de stockage de souvenirs  « hors du temps, de l’espace et de la conditionnalité ordinaire ». C’est un endroit vraiment étrange peuplé d’événements incertains et dénués de repères.

Cette mémoire est aussi un outil indispensable à notre évolution car elle permet de nous alerter et de nous faire réagir face à un danger imminent. Les personnes dont l’amygdale a été retiré (lobectomie) n’ont plus aucune  peurs paniques. Naïves, elles ne peuvent plus ressentir le danger,  l’appréhension des autres et anticiper les situations les plus incertaines.

Si vous êtes suivi dans la nuit par un individu à l’allure louche et que vous sentez votre cœur palpiter, c’est parce que votre amygdale est très active et vous prépare à lutter, à fuir ou à vous figer, même si vous ne risquez rien. Mais quelque chose chez cet individu l’a activé à tort ou à raison.

Mais ce monde amygdalien a quand même un énorme défaut: il est parfois trop invasif et nous devons apprendre à mieux le contrôler pour qu’il ne perturbe quand même pas trop nos pensées, nos paroles ou nos gesticulations les plus ordinaires. Le fait que son contenu soit dépourvu de toute indexation le rend imprévisible et susceptible d’interférer dans tous nos comportements. Nos faux souvenirs, nos rêves, nos actes manqués, nos lapsus linguae ou certaines affections psychogènes dans notre corps trahissent l’influence gênante de cette mémoire traumatique. Ce sont précisément ces perturbations amygdaliennes qui sont génératrices de souffrances, d’insatisfactions et de blocages dans notre vie. Elles dérèglent notre vie,  nous illusionnent et peuvent même nous rendre fous.

Renforcer ou modifier constamment notre caractère ou notre cuirasse caractérielle en adaptant nos mécanismes de défenses psychiques pour nous protéger de nos perturbations traumatiques n’est pas satisfaisant pour vivre libre et  heureux. Cette adaptation est trop énergivore et se termine trop souvent par à un repli sur soi ou une coupure avec la réalité.

Le bonheur devrait plutôt se conquérir depuis l’intérieur de soi par l’observation détachée de nos traumas, l’évaluation de leur impact, l’élimination des plus obsolètes et l’intégration consciente des plus significatifs. Ceci, afin que notre système nerveux puisse enfin se désensibiliser, se cicatriser, se rééquilibrer et développer des capacités bien plus adaptées au bien-être.

Parmi ces capacités, il y a l’intuition. C’est une capacité naturelle qui consiste à diminuer son filtre perceptif, à augmenter ses perceptions afin de les associer sans réfléchir pour laisser émerger une solution cognitive et adaptative originale face à un problème ou à une situation de vie répétitive qu’il est urgent d’éliminer . Cette capacité n’a en réalité rien d’extra-ordinaire. C est une conséquence neurologique de l’élargissement du champ de perception, de l’optimisation des circuits de traitement associatif de l’information et d’un travail de résilience oude lâcher prise sur les traumas.

L’hypersensibilité limbique ou traumatique n’a en effet rien à voir avec l’intuition. Les intuitifs, au contraire des hyper-émotifs, ne craignent pas la foule, les bruits trop forts, ne pleurent pas devant les œuvres d’art les plus belles et ne s’enfuient pas en courant à la moindre appréhension. Ils ne se fatiguent pas facilement, ne s’isolent pas systématiquement pour décompresser et ne se laissent jamais déstabiliser par leurs humeurs.

Une étude  neuro-scientifique de 2016, a montré que notre comportement respiratoire est un moyen parfaitement adapté pour se défaire de ses perturbations émotionnelles et renforcer ses capacités cognitives. Quand on inspire par le nez nous stimulons les neurones du cortex olfactif, de l’amygdale et de l’hippocampe et quand on expire par le nez ou la bouche, on se dissocie naturellement de l’influence de ce réseau limbique.

La voie du yoga traditionnel accorde une place essentielle à l’observation de soi, à la respiration et plus particulièrement à l’expiration pour favoriser la résilience traumatique. Cette action propre au yoga est d’ailleurs visible par IRM, puisque l’amygdale cérébrale des yogi est très différente de celle des non pratiquants: Elle est beaucoup plus petite et beaucoup moins dense en matière grise cérébrale. Cette modification de l’amygdale est corrélée avec l’élimination des souvenirs traumatiques et l’émergence intuitive.