Le ventre abrite une civilisation de microbes en dialogue constant avec l’esprit ; la pratique contemplative, lentement, en réordonne l’équilibre

Source: https://onlinelibrary.wiley.com/journal/2517729x

Résumé: La pratique régulière de la méditation aide à réguler le microbiome intestinal et a le potentiel de réduire l’anxiété, la dépression et les maladies cardiaques, rapporte une nouvelle étude.

Nous nous croyons un. Nous sommes une multitude. Le corps abrite une vaste population de micro-organismes — des milliers de milliards, logés pour l’essentiel dans le ventre — qui participent à notre digestion, à notre immunité, à notre humeur, et jusqu’à nos pensées. Et il se trouve que la discipline intérieure de la méditation descend jusqu’à ce peuple caché, et en remodèle l’équilibre. C’est une découverte étonnante — et une intuition très ancienne, que la médecine d’autrefois avait placée au centre de tout.

Une civilisation dans le ventre

Nous ne sommes pas un organisme unique, mais une colonie. Des milliards de microbes, une écologie entière, habitent nos intestins — et, loin d’être des locataires passifs, ce sont des ouvriers : ils digèrent ce que nous ne savons pas digérer, fabriquent des vitamines et des substances précieuses, éduquent notre système immunitaire, et parlent à notre cerveau. Dans le langage de l’entreprise vivante, c’est une immense population de citoyens dont la santé et l’équilibre conditionnent la prospérité du corps tout entier. Quand ce peuple est bien ordonné — divers, équilibré —, le corps prospère ; quand il s’appauvrit ou se dérègle, la maladie trouve sa brèche.

L’axe du ventre et du cerveau

Cette population ne vit pas isolée : elle est en dialogue constant avec le cerveau, le long de ce que l’on nomme l’axe intestin-cerveau. Les microbes influencent notre humeur, notre anxiété, notre capacité à encaisser — par le système immunitaire, par des signaux hormonaux, et surtout par le nerf vague, ce grand câble parasympathique qui relie le ventre à la tête, et la tête au ventre. Le ventre parle à l’esprit, et l’esprit au ventre. C’est pourquoi un intestin déréglé peut assombrir l’âme — et pourquoi l’état de l’esprit peut, en retour, descendre réordonner l’intestin.

La descente de la méditation

Vient alors le fait remarquable. On n’attendrait pas qu’une discipline mentale — s’asseoir immobile, retourner l’attention au-dedans — atteigne les microbes du ventre. Pourtant, chez ceux qui méditent profondément depuis des années, la population intérieure est mesurablement différente : plus riche en certaines familles bénéfiques, celles que l’on associe à moins d’anxiété, moins de dépression, une inflammation plus calme, un cœur mieux portant. La longue discipline de l’esprit semble descendre, par le nerf vague et la chimie du corps, jusqu’à la colonie — et la réordonner. Que cette correspondance soit l’effet de la pratique, et non d’autre chose, reste à confirmer ; mais elle est trop cohérente pour être négligée.

Ce que fabrique le peuple

Et que fait cette population mieux ordonnée ? À partir des fibres que nous mangeons, elle fabrique des substances qui apaisent l’inflammation et nourrissent la paroi même de l’intestin ; elle entretient le métabolisme ; et elle s’accompagne, chez ces pratiquants, d’un sang qui porte moins de ce qui pèse sur le cœur. Les ouvriers du dedans, bien gouvernés, produisent bien — et le corps entier en recueille le fruit. Car la santé d’un organisme, comme celle d’un État, se mesure moins à l’éclat de ses sommets qu’à la vitalité de son peuple.

Ce que l’Āyurveda savait

Rien de tout cela n’aurait surpris la médecine ancienne. L’Āyurveda — cette pensée indienne dont les traditions méditatives sont proches parentes — plaçait la digestion au cœur de la santé bien avant qu’on vît le moindre microbe. Elle enseignait que le feu digestif, l’agni, gouverne non seulement le corps mais la clarté de l’esprit ; que ce qui est mal digéré devient āma, un résidu à la racine de bien des maux ; et que prendre soin du ventre, c’est prendre soin de l’être entier. Le microbiome redécouvre, dans la langue des bactéries, ce que la tradition avait mis au centre : la santé commence dans le ventre.

L’esprit et la colonie microbienne ne sont pas deux royaumes séparés, mais un seul corps continu, en échange perpétuel. Et la pratique qui apaise l’esprit atteint, par des voies longues et patientes, jusqu’à ce peuple intérieur, et en rétablit l’ordre. Là encore, la juste mesure : la méditation ne commande pas directement aux microbes ; elle change le climat du dedans — le ton du système nerveux, la chimie du stress —, et la colonie, lentement, suit, comme un peuple prospère sous un gouvernement juste et paisible. Le peuple du ventre ne fait que suivre ; ce qui mène, c’est l’ordre que l’esprit instaure d’abord en lui-même. Nous sommes une multitude — et le silence que l’on cultive au sommet rejoint, à la fin, jusqu’au plus humble citoyen du corps.