Pourquoi s’étirer, se muscler ou courir ne suffit pas à nous libérer du stress — et ce que le yoga atteint, que le corps seul ne touche pas.
Nous avons peu de temps
Nos jours sont comptés, et quelque chose les consume en silence. Non pas les grands drames de la vie que l’on cicatrise tant bien que mal — mais l’usure de tous les jours : la tension, l’irritation, la pensée qui tourne sans fin. Le stress. Cette année, ensemble, nous allons donc apprendre à desserrer l’emprise de cette souffrance.
« Ne te conduis pas comme si tu avais dix mille ans à vivre…Tant que tu vis, tant que cela t’est encore possible, deviens meilleur. »— Marc Aurèle, Pensées, IV, 17
D’où vient vraiment le stress
Voici la découverte sur laquelle reposera le cours de cette année : le stress ne vient pas du dehors, des autres ou des événements de la vie.
« Ce ne sont pas les choses qui nous troublent, mais les jugements que nous portons sur elles. »— Épictète, Manuel, 5
Une même nouvelle, un même embouteillage, un même retard : l’un reste paisible, l’autre s’embrase. L’événement est identique ; seul diffère le jugement porté sur lui.
Le stress ne nous arrive pas : nous le fabriquons nous-mêmes, en amont, par la façon dont nous jugeons ce qui arrive.
Pourquoi la salle de sport ne peut l’atteindre
Soyons justes : s’étirer, se gainer, courir, c’est prendre soin de son corps — de vrais bienfaits, et nous nous servirons du corps, nous aussi. Mais tous ces exercices travaillent l’enveloppe que nous habitons, jamais celui qui l’habite.
Aucun étirement, aucun gainage ne desserre, en effet, un jugement. On peut avoir un corps souple, être hyperlaxe et un esprit en pleine tempête à trois heures du matin.
Alors, quand le stress nous saisit, nous cherchons à le fuir : un verre ou deux, l’épuisement par un effort violent, une distraction, un écran. Les anciens l’avaient déjà vu. Pour Marc Aurèle, aucune retraite n’apaise autant que celle que l’on trouve en soi-même (IV, 3). Pour Épictète, s’occuper à l’excès de son corps — s’entraîner, manger, boire sans mesure — c’est prendre l’accessoire pour l’essentiel : accorde au corps son dû en passant, et réserve ton attention à ton jugement (Manuel, 41).
L’ivresse, l’épuisement, la distraction endorment le trouble — ils n’en touchent jamais la cause.
Ce que fait le yoga : le corps comme porte
Et voici le retournement : nous ne nous détournons pas du corps — nous nous en servons. Le corps est le seul levier que nous puissions vraiment saisir pour atteindre l’esprit. Par le souffle, la posture et l’attention portée, nous apprendrons à cueillir la réaction avant qu’elle ne nous emporte — à rencontrer notre jugement au lieu d’être mené par lui.
Le corps est la porte d’accès : le seul levier par lequel nous pouvons atteindre l’esprit et desserrer l’emprise du jugement.
Cela s’exerce, comme une faculté que l’on fortifie — patiemment, séance après séance. C’est un art de plus de deux mille ans ; nul besoin d’y croire d’avance : vous le sentirez sous vos propres mains.
Et rien ici n’est « seulement dans la tête ». Le stress chronique n’est pas une idée : il fatigue le cœur, dérègle le sommeil, use les tissus, nous vieillit. C’est une érosion bien réelle.
Le stress chronique use réellement le corps et abrège la vie ; s’en libérer est le soin le plus profond — plus profond qu’aucune séance de musculation.
Ce cours n’est donc pas plus « doux » que la salle de sport. À sa manière, il touche le corps plus profondément qu’aucun entraînement : il éteint l’alarme à sa source.
Cette année, ensemble
Ce que vous pouvez attendre : à chaque séance, vous repartirez en ayant appris à rencontrer vos réactions — pas seulement en vous étant étiré. Aucune performance, aucune souplesse exigée, aucun niveau, aucun regard qui juge. Venez exactement comme vous êtes. Un seul fil traversera toute l’année : le stress, et l’art tranquille d’en desserrer la prise.
Un corps souple dans un esprit en tempête n’est pas encore libre. Cette année, nous apprenons l’autre souplesse.
Les cours sont ouverts à toutes et à tous, débutants bienvenus, sans niveau ni souplesse requis. Si l’envie vous vient d’essayer, venez comme vous êtes : une seule séance suffit pour sentir la différence.
