Imaginez un troupeau de cerfs paissant dans la forêt. Soudainement, une brindille se brise à proximité et ils lèvent les yeux de l’herbe. La pensée de la nourriture est oubliée et les animaux sont prêts à répondre à toute menace qui pourrait apparaître.

Lorsque nous percevons un événement potentiellement dangereux, une région du cerveau appelée zone tegmentale ventrale (VTA) envoie de la dopamine au cortex préfrontal. La dopamine a une action inhibitrice sur le système de récompense au niveau préfrontal. Résultat: vous gelez votre comportement de satisfaction et vous focalisez votre attention vers une menace potentielle. Les neurones associés à la récompense diminuent alors considérablement leur pic, ce qui rend plus difficile pour vous de prêter attention à ce que vous faisiez. Votre attention est réorientée vers une source de danger potentiel, ce qui peut engendrer une frustration inconsciente qui normalement est compensée pendant le sommeil paradoxal.

Ce mécanisme cérébral donne aux animaux une meilleure chance de survie face à une situation menaçante. Tout type de signe de danger, comme la brindille cassante qui fait sursauter un troupeau de cerfs ou un inconnu qui vous cogne brutalement sur le trottoir, peut produire une poussée de dopamine dans le cortex préfrontal. Cette dopamine favorise alors une réactivité et une capacité d’apprentissage accrue face à un danger potentiel. Mais elle permet aussi d’augmenter son niveau de vigilance et d’alimenter notre sommeil paradoxal. La capacité à différer sa gratification par le rêve est essentielle pour la santé physique et mentale: Les personnes obèses ou atteintes de TDAH accordent moins de valeur aux récompenses différées, rêvent moins et peuvent entrer plus facilement en addiction (sucre, alcool, tabac…) que les autre personnes.

Une dérégulation de cette commutation contrôlée par la dopamine peut aussi affaiblir notre système de récompense et contribuer à des troubles neuropsychiatriques tels que l’anxiété, la psychose ou la schizophrénie. Entre autres effets, trop de dopamine pourrait conduire le cerveau à s’exiger trop de frustrations, à trop peser les entrées négatives, à ruminer, ce qui pourrait entraîner de l’insomnie, de la dépression ou de la paranoïa.

Il est donc important que cette poussée de dopamine ne se déclenche pas dans les situations qui ne l’exigent pas vraiment. Quoi que…

Dans la pratique de bhastrika, il se produit le même phénomène que chez le cerf. Le corps se gèle, l’attention se focalise, le métabolisme augmente et la recherche de satisfaction cesse. Mais cette réaction, a lieu sans entrées négatives et sans aucune frustration. Elle est seulement induite par la respiration et dans un contexte bienveillant.

Bhastrika est un puissant neurofeedback que les yogi mettent en oeuvre pour augmenter leur niveau de vigilance, sortir de la torpeur du sommeil ou maîtriser leurs rêves.

La pratique du bhastrika pranayama  recrute également des espaces pulmonaires normalement mal ventilés. Elle assainit donc les poumons, aide à renforcer les muscles respiratoires et augmente les propriétés élastiques des poumons et de la poitrine, améliorant ainsi les fonctions ventilatoire.

Mais attention, Bhastrika et trataka sont deux exercices yogiques déconseillés chez les patients psychotiques, schizophrènes ou hypertendus. Bhastrika est certe anxiolytique mais doit être encadré par une personne compétente lors de sa mise en oeuvre afin de prévenir le risque de décompensation. Trop de personnes fragilisés excèdent dans cet exercices.

Correctement exécuté, de façon lente et à raison de 6 respirations par minute, Bhastrika diminue significativement la pression artérielle systolique et diastolique, fait baisser légèrement la fréquence cardiaque, tout en stimulant la vigilance.

Les personnes anxieuses ou dépressives, qui souffrent de dérégulation du métabolisme de la dopamine au niveau préfrontal, qui ont tendance à sous évaluer les récompenses futures, peuvent pratiquer bhastrika pour se défaire plus facilement de leurs appréhensions, de leurs addictions ou de leur sentiment d’impuissance, de frustration, en améliorant leur vigilance et leur sommeil.

Enfin, c’est aussi une excellente pratique anti-âge qui retarde les effets délétères du vieillissement sur le système de récompense du cerveau et protège notre motivation du déclin.